N'importe quoi oui, mais n'importe comment, c'est important

5 mai 2013

Voilà.

Donc, on disait ici que D.L c'était du grand n'importe quoi et pour aller avec le ton du récit, il fallait écrire n'importe comment. C'était essentiel. Mais puisqu'on me demande les détails alors que c'est l'heure du poulet croustillant, je vais avec peu d'entrain et en rampant dans mes charentaises faire semblant d'en parler plus longuement ici.

Fond et forme étant liés, j'ai vraiment suivi la même logique que celle expliquée précédemment, sans me demander vraiment comment j'écrivais et en y allant naturellement à base de "allez, on s'amuse", de "oh et puis je mets pas les trucs que j'aime pas ou alors pour rire" et de "et pof, des fois je vais écrire un peu comme je parle. Un peu."
J'imagine que je voulais un narrateur légèrement conteur prout-prout pour rappeler l'ambiance de fond faussement sérieuse, mais aussi oralisant parfois, comme s'il se souvenait qu'il y avait quelqu'un en face. Parce que bon, puisqu'on était lancé dans le mouvement de la fête de la chaussette moldave, oh, hein, pourquoi s'emmerder, racontons comme quand y'a des gens en face et patipou la popeyotte.

Il y a donc une base de narration ronflottante, en clin d’œil à ce qui me saoule parfois en fantasy, et le reste plutôt simple avec un peu d'effet d'oralité. Pas complètement oral vu que l'oral, transposé à l'écrit, c'est illisible et peu intelligible, mais avec des p'tits trucs du langage oral, dans la construction de la phrase et du discours, dans les répétitions/reprises, dans le flux que je voulais fluide et naturel si possible. Donc pas trop de "en vain" ni de reformulations pour que ça deviennent comme on dit à l'écrit, ni trop d'expressions qu'on ne trouve que là.
Beaucoup de passages ont d'abord été dits à l'oral, puis remaniés un peu (mais pas trop) pour être passés à l'écrit. D'où certaines tournures possiblement perturbantes à l'écrit, mais plus fluides à l'oral. Poil au Maroilles. (Oui, bon, il est l'heure de manger là. Manger c'est important. Vous ne vous rendez pas compte comme il est difficile de garder son esprit concentré quand c'est l'heure de manger).

Et je disais quoi...  oui, ben ça. J'ajoute être également influencée par des lectures anglo-saxonnes où souvent le style est quasi-transparent, le ton très fluide et où on ne s'embête pas avec des tournures littéraires plus travaillées. Terrible influence mais on ne peut l'accuser de tous les maux, je suis bien la principale coupable. J'ai fait ce choix inconscient alors que j'en avais d'autres possibles. Oui bon ben, il faut croire que si mes études ont servi à quelque chose, c'est pas à devenir Barthos Raimbaud de Péguy en Hugotine 2. Malgré tout, puisque c'est l'heure de manger... des confidences, on notera qu'à une époque, j'aimais bien écrire "bien" (de la manière officielle qui plaît aux lecteurs et gens de lettres cultivés d'un certain âge) et crâner un peu hein, genre attention, écrire, j'aime ça, je joue avec les styles, prends cette phrase bien travaillée et cette intention de l'auteur dans ta face ami lecteur et oh, un mot rare héhé. Mais euh... j'ai pas tenu. Encore une fois, ça devenait trop sérieux. Or, ce n'a mestier. J'en suis aussi triste que vous, mais je compense. Avec la nourriture par exemple.

Enfin bref. L'autre truc, comme pour le fond, c'est que je voulais éviter de mettre à foison des choses que j'ai souvent croisées mais qui ne me parlaient pas. Du genre : des dialogues bizarres, formatés version Le langage oral vu par l'écrit.
Car oui, il y a le langage écrit, il y a le langage oral, et il y a l'espèce de "langage oral qu'on met à l'écrit", à savoir des tournures, des choix de mots ou d'abréviations qu'on ne voit jamais que quand un personnage est censé parler dans un livre. Non, si franchement, un peu quoi... J'entends très rarement de nos jours parmi les gens de mon âge/génération des "Allons bon, mais qu'as-tu donc encore fait bougre d'idiot ?" ou des "Est-il vraiment sérieux ton ami ? Quelqu'un sait-il pourquoi il est venu ?" (et je crois bien n'avoir jamais entendu de toute ma vie des "m'dame").

**Bonus parenthèse exagéré : Il existe des tas de variantes, suivant qu'on fait parler par exemple un jeune, un enfant ou un gars de mauvaise vie. Bien sûr, j'exagère un peu : c'est peut-être tout simplement un vrai langage oral, mais qu'on avait dans les années 60-70 (parfois je trouve des tournures que j'ai effectivement entendues à l'oral, dans Les Cinq Dernières minutes par exemple, ou dans La Demoiselle d'Avignon). Oui tiens, ça aussi c'est un truc qu'on a pu croiser à l'occasion, quand on a dans un récit des personnages jeunes et qu'on veut les faire parler jeune, mais qu'on les fait parler "jeune" comme quand nous on était jeune, sauf que maintenant, on est plutôt vieux et euh, du coup ça fait bizarre. Si, si, ça fait bizarre... personne qui ne parle de seum ou de swagg, c'est louche. Fin du bonus exagéré.**

L'autre truc qui me fait toujours bizarre, et qui va avec cette convention du "je fais de l'oral, mais à l'écrit", ce sont ces réarrangement d'expressions ou blagues qui ne passent plus une fois rendues propres et réarrangées pour l'écrit, où on remplace un mot par un autre plus travaillé, où on adapte car on est dans de la sf/fantasy etc. Je vois le truc écrit et je n'imagine pas une seconde que le dialogue a été oral un jour (même s'il devient parfois plus stylé ou plus joli). Idem pour certaines reformulations de grossièretés et vulgarités. Après, j'ai peut-être aussi un problème dedans ma tête. Très certainement. Et lu trop de trucs dont trop de trucs pas bien, c'est fort possible.

Encore un autre point, de la même famille : que les personnages soient éduqués ou censés être grossiers, ils m'ont souvent l'air de parler trop bien. Enfin je veux dire, ils ne bafouillent quasiment jamais, ils ne se répètent que très peu, n'interrompent quasiment jamais ce qu'ils disent pour le reformuler différemment, vont à l'essentiel et enfin, quelle chance, disent ce qu'il faut comme il faut, juste pour que ça aille avec la typographie et qu'on puisse insérer dans le dialogue de la narration entre virgules sans que ça ne perturbe ce qu'ils disent, et ils sont bien élevés, quand ils communiquent, c'est chacun son tour.

Enfin bref, ils parlent comme s'ils savaient qu'ils allaient être lus et que cette lecture devait être confortable. Et on y est tellement habitué que non seulement ce n'est pas choquant mais surtout, c'est plus compréhensible et l'inverse devient gênant. Pas de bol. Bien sûr, encore une fois, je généralise. Je parle de choses que j'ai rencontrées, mais ce n'était pas toujours le cas, juste que ça m'a marquée et que je ne voulais pas trop le faire. Un peu, pas trop (mon leitmotiv). Ce qui peut perturber après les lecteurs. Raaah décidément, j'aurais dû penser à eux. Je me rattrape maintenant en leur faisant des cookies, mais est-ce que ce sera suffisant ? Combien de cookies peuvent remplacer le non-emploi de "en vain" et la surabondance de "et" ?

Voilà pour expliquer le bouzin. On constatera que j'ai pas non plus le profil de l'anarchiste de l'écrit vu que j'ai tout aussi bien fait dans le cliché, en utilisant des formules écrites toutes faites et archi-classiques, sans états d'âme et sans pleurer sur mon manque de créativité, parce que ça ne gênait pas la lecture. Maintenant, vous connaissez l'immonde vérité que je ne peux plus cacher. Pas même derrière des cookies. Puisque c'est comme ça, il ne me reste plus qu'à les manger je crois. Que le monde est bien fait.

Commentaire(s):

  1. Hé bien ça me semble bien long tout ça pour juste dire : ce livre est écrit un peu comme on parle ! :D
    Mais c'est sympa d'avoir ces explications et comprendre pourquoi. Quand tu auras pris la grosse tête et que tu vendras à des centaines de milliers de geek peut-être n'aurons nous plus le privilège des ces explications...

    Bon c'est bien de savoir pourquoi c'est écrit comme ça, maintenant pour compléter ton article je vais donner mon impression de lecteur :
    En général, une écriture parlé je trouve ça maladroit ou un peu trop familier, grossier...
    POINT DU TOUT !
    Sincèrement, dans Damien Loch, c'est très bien maîtrisé. D'abord c'est un langage qui nous est familier, donc on se sent plus proche, on a l'impression d'être avec les amis, c'est sympa =) ça permet une meilleure identification aux personnages (one point !)

    Ensuite c'est du coup plus facile à lire, plus agréable (mais néanmoins bien écrit attention ! C'est pas un langage enfantin de livre pour ado, c'est une belle écriture). Combien de fois en lisant dans les transports (bruits) ou dans le lit (fatigué) on peut recommencer à lire 15 fois la même phrase trop alambiquée sans comprendre... Pas de ça ici. On lit, on se laisse porter, c'est agréable, c'est compréhensible. C'est un peu familier oui, mais dans le bon sens. Un bon livre quoi =)

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